Desmond Sullivan fuit New York, son petit ami et l’écriture inachevée de son deuxième livre (la biographie d’une chanteuse médiocre), en s’installant pour quelques mois à Boston, où il a été invité à donner des cours (de « non-fiction créative ») dans une université. Parce qu’il a besoin de faire le point seul face à lui-même, et de trouver l’illumination dans la ville où son sujet (la chanteuse) a passé ses dernières années. Jane Cody s’ennuie en ménage, son mari et son étrange fils lui portent sur les nerfs, et plus encore sa belle-mère. Et elle attend plus ou moins passivement la fin annoncée de l’émission qu’elle produit sur la chaîne publique locale de Boston. Confite dans ses mensonges, elle n’arrive même plus à être franche avec son psy.
Et on nous raconte comment ces deux-là se prennent les pieds dans le tapis.

On peut dire qu’il s’agit d’un livre sur le mensonge.
L’auteur dit s’être bien amusé à créer les dialogues, où personne n’est franc et donc tout part en vrille.

Stephen Mac Cauley nous avait gratifié d’excellents romans doux-amers, tels « L’objet de mon affection » ou « Et qui va promener le chien ? », drôles, pleins de péripéties abracadabrantes, et pleins de finesse et de lucidité dans la transcription des rapports humains « de tous les jours », de ces livres qu’on prète aux gens pour leur dire « tu vois, je suis quelqu’un de sympa, je lis ça ».
A-t-il perdu de son charme ? Suis-je dans une phase impitoyable ?
Jusqu’ici son monde était celui des jeunes célibataires urbains, la génération Friends (c’est d’ailleurs Jennifer Aniston qui tenait le rôle principal dans le film tiré de « l’objet de mon affection »). Et ce que son dernier roman gagne en maturité (les héros ont 40 ans), il semble le perdre en drôlerie, en originalité, en bohême, et (pour moi) en proximité.
Même avec un peu d’imagination, je n’ai pas réussi à m’identifier à une mère de famille ou à un écrivain/professeur casé, assis. Peut-être ne suis-je pas encore assez embourbée dans ma vie et mes mensonges…
Pourtant j’ai réussi des identifications autrement plus périlleuses (quel rapport entre moi et le vieux professeur de littérature libidineux de Disgrâce, de Coetzee ? Ni la langue, ni l’âge, ni la profession, ni la région du monde, tout juste une époque, et pourtant ça marche)

Alors, oui j’ai quand même été amusée, divertie, parce que les « péripéties abracadabrantes » sont toujours là, mais jamais touchée.
Il ressort à peu près la même impression de coquille vide et de happy end un peu forcée (finalement, c’est le naufrage qui gagne, malgré les pirouettes de la fin) que de son premier roman, « l’art de la fugue ».

Il vaut peut-être mieux (une fois de plus) revenir aux précédents du même. Surtout [l'objet de mon affection->http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2264021748/qid=1068629112/sr=1-3/ref=sr_1_19_3/402-8786379-6454542] qui est très très bien.

Laisser un Commentaire

RSS | XHTML | CSS