Les triplettes de Belleville

23 février, 2006

Une réussite pour ce film d’animation franco-canadiano-belge. sans paroles. Un scenario bourré de clins-d’oeil cinématographiques et culturels, des critiques amusantes et intelligentes ( notamment à propos de la vision des états-Unis par la France et vis-versa ), des représentations graphiques tout en caricatures et exagérations burlesques qui elles-même engendrent des reflexions sur les thèmes abordés ( cyclisme / tour de France, urbanisation, mafia… ).

Un tour de force au niveau sonore : pas de dialogue, l’importance donné aux petits bruits secondaires, et des séquences instrumentales et vocales superbement synchronisées avec l’image.

Un tour de force graphique : une intégration de la video originale, certains effets de caméra tournants impressionnants pour un DA, de très nombreux plans en plongée très difficiles, une texture très dessinée des plus plaisantes.

Vraiment un petit bijou que je conseille.

Le règne du feu

14 février, 2006

Pour une fois un film d’été avec des acteurs qui jouent bien même en VF et des streum qui font bien peur. Loin de Lake placide et autre dents de la merde remixés, le règne du feu est un bon du genre. Même si on se doute bien que ce sont les gentils qui gagnent à la fin, j’ai quand même agrippé l’accoudoir pas mal de fois. Les cascades sont bien faites, et les dragons ont une bonne tête (enfin façon de parler…)

Donc, si vous aimez bien les films qui font peur avec des gentils méchants charismatiques et des gentils gentils paranos, des monstres bien faits au passé chargé et bien vu au niveau cohérence historique, les belles flammes, les sauts sans parachutes à 200 à l’heure et pas de gnangnan cucul, pis pas mal d’humour et des références bien geek (je vous laisse la surprise) tout ça arrosé d’humour corrosif et surtout pas d’eau… alors ça va vous plaire.

Le seigneur des porcheries

14 février, 2006

C’est un des meilleurs romans de brossage de l’amérique profonde que j’ai lu. Et quand je dis profonde, c’est profonde, c’est les Apalachiens qui votent bush, ceux qui ont une arme toujours sous la main et qui se poivrottent dans les bars le soir dans l’espoir d’en finir avec une bonnes bagares. Ce sont les « trolls », les « rats d’usines », comme le dit si bien Egolf, des gens méchants, dédaigneux, délateurs, persécuteurs … mais tellements persuadés d’être dans leur bon droit.
C’est un livre totalement gerbant sur l’injustice, la bétise, l’intolérance… et pourtant à lire absolument…

ISBN : 2070414736
Note : *****

8 mile

10 février, 2006

Je vous conseille « 8 Mile » si vous ne l’avez pas encore vu.

Eminem est convaincant, même impressionnant pour quelqu’un qui n’a jamais fait de cinema. Les acteurs sont justes, les personnages bien campés dans le scénar, et l’histoire basée sur les duels freestyle du rappeur et sur sa vie privée est bien gérée.
Pas de grandes surprises dans le scenar qui reste somme toute assez simpliste, mais ca fonctionne très bien, et je pense que rien n’est superflu.
Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas un film « bourrin ».

Par contre, la traduction sous-titrée en français est heu… ridicule?… Laughing

Ah oui, j’oubliais : la B.O. qui déchire.

Donc, un film qui vaut bien un petit detour dans une salle obscure.

the ring

9 février, 2006

remake de Ring de Tanaka, ce film ne m’inspirait pas grand chose sinon de la moquerie en attendant une soupe américaine sans goût à côté de l’original japonais qui versait dans l’ambiance glauque, humide et malsaine avec un brio de l’horreur maîtrisée…
Cepandant, Ring tire son épingle du jeu avec une photo superbe et une ambiance bien stressante et des maquillage superbes…
mais film américain oblige, la trame est cousue de fil blanc et l’on perd l’efficacité qu’avait Ring qui laissait le spectateur imaginer les causes et la suite de l’histoire…

Moins effrayant mais bien stressant quand même, simpliste mais efficace

à voir sans le pass si l’on a pas vu Ring

La Classe Américaine

8 février, 2006

Georges Abitbol, l’homme le plus classe du monde, décède brutalement. trois journalistes travaillent sur sa nécrologie en interrogeant tous les gens qui l’ont connu et tentent d’expliquer ses dernières paroles, « Monde de merde ». ce scénario n’est qu’un prétexte à de nombreux flash-backs et à des dialogues inédits entre des acteurs n’ayant parfois jamais tourné ensemble.

en effet, ce flim a été monté à partir d’une multitude d’autres extraits et doublé avec des dialogues originaux et très, très stupides…
le tout donne quelque chose d’assez cohérent au final, le scénario se tient et surtout on se tient les côtes d’un bout à l’autre du flim, avec un humour « typiquement canal+ » (enfin il paraît)

le casting est hallucinant (John Wayne, Paul Newman, Burt Lancaster, Robert Redford, Dustin Hoffman, Charles Bronson, Lauren Bacall, Angie Dickinson, Clark Gable, Robert Mitchum, Elvis Presley, Dean Martin, Henry Fonda, Frank Sinatra…) et en plus les acteurs sont doublés par leur vraie voix française.
le plus drôle c’est quand les conneries qu’ils leur font dire colle très bien avec les mouvements de bouche… (cf. Des Chips)

voilà je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer le suspens…

Triple threat

6 février, 2006

Bon alors voilà la pub c’est pas cool mais bon là c’est pas *vraiment* de la pub pour moi :)

En fait j’ai fait la pochette d’un mix-cd de hip hop (west coast underground pour être précis), [il est dispo ici->http://www.waxexpress.com/produit/FichProd.asp?id_prod=1200] et il coûte 10 euros, voilà :)

Perso je l’ai bien écouté et je trouve que c’est vraiment bien (et non je ne touche pas un rond sur les ventes donc ravalez vos remarques méchantes) Wink

Avis aux amateurs (les autres ben euh vous pouvez lire un autre thread, désolé de vous avoir dérangé).

BLANKETS

5 février, 2006

Pas de mystère, c’est bien une autobiographie, et Craig Thompson n’a même pas changé les noms.
Enfant dans une famille très pieuse, dans une vieille ferme du midwest, il est mis à part par ses camarades, gros rednecks qui le trouvent trop maigre et trop, beaucoup trop différent.
Il voudrait protéger son petit frère du monde réel, il voudrait gagner le ciel pour s’en échapper, mais découvre les compromissions et petites trahisons inévitables…
Adolescent en terminale, il part en camp chrétien et y rencontre Raina, qui semble admirer ses convictions (religieuses, morales), et bientôt, semble également avoir besoin de lui. Premier amour.
Les 2 récits (enfance et adolescence) s’entrecroisent, rebondissent, au gré d’un récit rondement mené sous un manteau de neige, entre Wisconsin et Haute Péninsule du Michigan, entre campagne et ville.
Très émouvant et très profond (la réflexion de la fin autour de l’écclesiaste est si simple et frappante…)

Et c’est accessoirement bien dessiné, ce qui ne gache rien ; on voit parfois apparaître, dans le cadre de la case, des compositions entre le dessin de l’action et des dessins d’enfants, des motifs de tissu, etc…

Un vrai roman graphique, tendre, cruel et beau.

ed. Casterman 2004 (environ 24 €)
[en anglais : Top Shelf Editions->http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/1891830430/qid=1092643660/sr=2-1/ref=sr_2_11_1/402-4743524-7690529]

Soie

5 février, 2006

Ma soeur m’a quasiment forcée à le lire celui-là ( »TIENS, je te le prète, il est SUPER »). Et j’y allais en traînant les pieds (encore un bestseller très grand public gnan-gnan, le même sentiment qu’avec « la première gorgée de bière » et « Matin Brun »). J’avais pourtant lu (et adoré) [Novecento->http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2070419878/qid=1068108399/sr=1-3/ref=sr_1_3_3/171-4084491-3329800], pianiste, une grosse nouvelle / monologue du même auteur parue il y a quelques années en Mille-et-Une Nuits…

Bon alors première surprise : le rythme.
Facile, vous direz, d’avoir du rythme sur cinquante pages avec des chapitres d’une page (et demie, parfois).
Alessandro Baricco est prof d’écriture et ça se lit.
Ca se lit très bien même, avec un sourire.

Deuxième surprise : c’est prenant.
J’aurais pas cru m’intéresser aux tribulations d’un négociant en oeufs de bombyx du XIXe siècle, un homme impassible et dilettante, qui part au Japon chercher des oeufs sains, sur ordre de son patron étrange, parce que la maladie ravage les oeufs d’europe.

Au final, c’est bien parce que c’est court.
Le jeu des répétitions donne du style (facile ?) mais étouffe vite le récit.
L’intrigue tourne un peu court à mon goût, et il serait aisé d’en tirer ce que je déteste voir associer à une histoire : une MORALE.

Bref, rien à voir avec Novecento, où un souffle poussait l’histoire (délicieuse et raffinée), dans laquelle on aimerait s’enfouir.

J’avais de Somerset Maugham (médecin, espion, voyageur) le souvenir de prose claire, de sentiments glauques et d’intrigues compliquées, souvenir hérité de la lecture d’une seule nouvelle, qui fut la première nouvelle entière en v.o. que j’ai lu en cours d’anglais. Et là aucune surprise : c’est pareil.
Style limpide, et tortures invraisemblables entre un mari et une femme, dans la Chine du début du siècle.

{{{l’histoire}}}
Kitty est une jeune femme stupide et frivole, jolie aussi, elle a épousé un jeune médecin bactériologiste qui l’idolâtre, Walter, pour ne pas être célibataire après que sa petite soeur se soit mariée (le fantôme de la vieille fille a encore frappé…).
Hong Kong, 2 ans plus tard – Kitty est adultère, Walter le découvre et imagine sa vengeance : partir avec Kitty et sa santé fragile dans une province du pays où sévit une terrible épidémie de choléra, après l’avoir amenée à découvrir les véritables sentiments et la personnalité profonde de son amant (méprisable, naturellement).
L’épouse fautive, l’égoïste futile redevient progressivement maître de ses actes, tout en mangeant chaque jour de la salade fraîche pour provoquer le sort (le choléra).

{{{autres ingrédients}}}
un palais chinois en ruines perdu dans le brouillard, des morts plein les rues, un orphelinat français et ses bonnes soeurs, un fonctionnaire des douanes rigolard mais bienveillant, une princesse mandchoue…

Moi j’ai pris du plaisir à lire ça.
J’ai pas vraiment senti ce qui est paraît-il le grand talent de Maugham : l’ambiance lourde des tropiques.
Mais à part ça, on a une histoire sans fioritures, sans effets de style, avec des péripéties illogiques mais pas du tout niaises, pas du tout cucul-la-praline.
Des personnages machiavéliques, des personnages faibles, des personnages mesquins… et même quelques uns qui ont la grâce.
L’histoire est centrée sur les tribulations de la jeune femme, qui passe du statut d’idiote mesquine et consciente de sa place dans la société coloniale, à celui de loque faiblarde, puis de veuve victorieuse et pas dupe de son statut d’héroïne, puis de future mère et fille dévouée et repentante, choisissant de vivre en marge. Et elle devient de moins en moins conne aussi, de plus en plus consciente d’elle-même.
Vers la moitié du livre, l’attention se porte également sur la personnalité mystérieuse du mari, fermé, maladivement jaloux et calculateur, qui cherche une rédemption en se donnant sans compter à ses malades, sans rien céder à sa femme.

Et pour moi, le tour de force, c’est d’avoir réussi à rendre cette histoire lisible, sans identification, ni estime, avec le personnage principal ni aucun des autres, alors que ce roman n’est pas, et ne se veut pas, une oeuvre cérébrale.

Somerset Maugham a écrit:

I have never pretended to be anything but a story teller. It has amused me to tell stories and I have told a great many. It is a misfortune for me that the telling of a story just for the sake of the story is not an activity that is in favor with the intelligentsia. In endeavor to bear my misfortunes with fortitude. (from Creatures of Circumstance, 1947)

Peut-être doit-on ce paradoxe (cette réussite) à une excellente maîtrise de Maugham sur son récit, sur son personnage : construction nickel, et juste assez d’indices pour nous laisser deviner que Kitty n’est pas aussi conne qu’il le prétend.
Ca me fait penser à cette nouvelle de Borges où un écrivain crée volontairement une intrigue policière foireuse, pour que le lecteur découvre le vrai pot-aux-rose, en « méta-lecture ».

RSS | XHTML | CSS